Ouverture
de l'Université d'été de l'Assemblée des Femmes,
par Yvette Roudy, ancienne Ministre, Présidente de l'Assemblée
des Femmes.
Chèr(e)s
ami(e)s,
Si
nous nous demandons aujourd'hui où en sont les femmes, nous sommes
obligés de répondre : " en régression
".
Pour la première fois, depuis des années, le gouvernement
en place n'a pas prévu de Ministère, secrétariat
d'Etat, Délégation ou autre structure gouvernementale
chargé des droits des femmes. C'est une première. C'est
une régression.
Féminisme
et familialisme en opposition permanente
En
revanche est revenu un ministère de la Famille. Ce qui n'est
pas la même chose. Bien au contraire : les deux sont antinomiques.
C'est un fait que j'ai vécu. Pourquoi ? Parce que notre culture
les oppose. Qui défend les droits des femmes, qui se dit féministe,
se voit accuser de mépriser la Famille. Il faut entendre la famille
patriarcale, traditionnelle, de grand papa, où l'épouse
est invitée à rester au foyer et à veiller à
son équilibre. Ce n'est pas un hasard si quelques temps après
le vote sur le remboursement de l'IVG, en 1982/83 le gouvernement d'alors
a chargé la secrétaire d'Etat à la famille de faire
voter l'allocation parentale d'éducation : ce qui a eu pour effet
que nombre de femme ont abandonné leur emploi pour rentrer chez
elles alors qu'au même moment que je multipliais les annonces
pour les convaincre de s'accrocher à leur emploi, la meilleure
assurance vie. Contradiction, neutralisation.
Nous sommes un pays où l'on pratique une dangereuse alternance
entre culture patriarcale et culture féministe, en les opposant,
ce qui n'est pas sans cohérence à une époque où
l'on passe d'une gouvernance de droite à une gouvernance de gauche
dans une alternance déséquilibrée.
Une
situation paradoxale
Et
à cet instant nous sommes dans une phase conservatrice où
domine une culture patriarcale. Situation paradoxale au moment où
ce gouvernement affiche de nombreuses femmes ministres à la tête
de ministères des plus importants. C'est l'arbre du gouvernement
qui cache la forêt de la société.
Il
faut admettre que l'affiche est belle : une femme au Ministère
de l'Intérieur (du jamais vu) une femme à la Justice,
une femme à l'Economie, une femme patronne des patrons. Mais
ne soyons pas dupes.
Les
reculs
En
même temps je reçois des messages de déléguées
régionales ou autres chargées de mission, d'association,
dont le planning Familial qui me disent que l'administration qui assurait
jusqu'à présent un certain suivi des droits des femmes
est à son tour menacée de démantèlement
dans le cadre de la révision générale des politiques
publiques. Une pétition que j'ai signée est actuellement
en cours pour protester contre cette régression.
En même temps, l'égalité professionnelle stagne.
25
ans après le vote de la loi sur l'égalité professionnelle
et quelques raccords juridiques ici et là, où en sommes-nous
?
Toujours
un écart moyen de 20 à 25% entre les salaires.
Toujours un taux de chômage supérieur pour les femmes.
Quant au chiffre global d'activité féminine proche du
chiffre global d'activité masculine il faut le relativiser, sachant
que plus de 80% du travail a mi temps et temps partiel, est féminin.
La retraite globale des femmes n'atteint que 56% de celle des hommes.
A 65 ans, fort peu de femmes ont atteint 40 années de cotisations,
les arrêts pour cause de maternités, le travail à
temps partiel , en sont la cause. La maternité joue comme un
obstacle à la promotion professionnelle.
La
contraception, l'IVG sont freinées. 34 ans après la
loi dite Veil, 25 ans après son remboursement, 4 ans après
l'extension du temps d'intervention de 10 à 12 semaines, des
françaises reprennent le chemin de l'étranger pour trouver
l'intervention qui leur permet de mettre un terme à une grossesse
non désirée.
Le
Planning Familial voit ses moyens réduits.
Les
droits des femmes sont récents. Donc fragiles. Une absence de
vigilance peut rapidement entraîner un recul. C'est le cas en
ce moment.
L'idéologie
patriarcale a si bien imprégné nos pensées, notre
culture, il nous est si souvent répéter par les femmes
elles mêmes que le féminisme est dépassé,
ringard, que l'attention se relâche et cela d'autant que les partis
politiques qui devraient être à la pointe du combat sont
absents.
Le
harcèlement sexuel sur les lieux de travail est loin d'avoir
disparu en dépit d'une loi en 1992.
La
violence domestique, les violences sexuelles à l'école,
les viols collectifs se multiplient, de la part de garçons
agissants en groupe, sur des filles isolées...
Où en est la prévention dans ce domaine ? Les mentalités,
l'éducation des garçons, les images véhiculées
par les medias, les publicités sont encore des incitations à
ce qu'il faut trop souvent qualifier de crimes.
Mais le projet de loi anti sexiste que j'avais tenté de présenter
en 1983 est toujours ignoré de nos gouvernements alors que l'Espagne
de Zapatero l'a fait adopter.
La
prostitution explose et exploite misère et pauvreté
des pays émergents et nouvellement entrés dans l'union
européenne, bénéficiant toujours de la plus grande
indulgence de la part de nos dirigeants, soutenus par des - intérêts
financiers et des habitudes patriarcales. Plusieurs pays défendent
l'idée d'une prostitution choisie.
La
parité politique. Les assemblées parlementaires restent
des lieux à dominante masculine. Nous n'arrivons pas à
nous y faire entendre faute de relais. Les femmes y sont toujours minoritaires
et plus de la moitié de celles qui nous représentent doivent
leur place directement à un père, un mari, un protecteur.
En
dépit d'une légère augmentation aux dernières
législatives de 2007 (dans le groupe socialiste 50 femmes sur
187) observez les résultats des municipales de cette année.
Une bonne représentation dans les conseils municipaux de près
de 50% grâce à la loi mais aucun - aucun - changement pour
les Maires qui restent à 90% masculin.
Conclusion : sans loi pas de changement.
En
matière de parité politique la France recule. Au 58°
rang l'an dernier elle passe aujourd'hui au 62°.
La
résistance du monde politique à l'entrée des femmes
dans les instances de pouvoir n'a d'égal que la résistance
du monde religieux.
Le
poids de la religion
La question
de l'accession des femmes prêtres à l'épiscopat
est sur le point de faire éclater l'Eglise anglicane qui
a pourtant entr'ouvert la porte en acceptant des femmes pasteurs. Nous
connaissons des femmes pasteurs et des femmes rabbins. Mais l'Eglise
catholique romaine est la plus conservatrice des religions. A chaque
occasion le pape dit son hostilité à l'ordination des
femmes, son opposition à l'ivg, à la contraception, première
liberté des femmes.
Dans
une livre récent " la femme, la République et le
bon dieu " deux jeunes femmes Olivia Cattan et Isabelle Levy ont
analysé l'attitude de la religion à l'égard des
femmes pour arriver à la conclusion que la religion pourrait
être un moyen de maintenir les femmes dans la soumission.
Dans une très belle préface Ghaleb Bencheikh parle de
la bible comme " reflet de la société patriarcale
".
Récemment
une affaire ahurissante a fait émerger à nouveau la question
religieuse à propos de la virginité de la femme, dans
un jugement, au motif que la femme aurait menti sur sa virginité
et au motif qu'elle acceptait la rupture du mariage. Il y a eu un tribunal
de la République pour entendre de tels arguments. Alors que notre
Constitution stipule bien l'égalité entre hommes et femme.
On croit rêver. L'homme était il vierge ?
Fort heureusement un jugement plus récent est venu interdire
le port de la Burka comme contraire au principe de l'égalité
entre homme et femme inscrit dans la Constitution. Il est tout de
même étrange d'avoir à rappeler régulièrement
l'inscription de ce principe dans la Constitution. " La loi favorise
l'égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux
et fonctions électives " (Art 3). Sommes nous sûrs
que nos magistrats - y compris au plus haut niveau - connaissent bien
notre Droit et en particulier le droit des femmes , qu'ils ne laissent
pas leurs idées, leurs croyances personnelles obscurcir leur
jugement. ?
Ne faut il pas - tout comme pour nos inspecteurs du travail - les
obliger à suivre régulièrement quelques heures
de mises à jour de connaissances ?
Une
contribution au Congrès du PS
A
la veille d'un congrès de la seconde organisation politique
de ce pays, une organisation qui n'a pas vraiment soutenu une candidature
féminine aux dernières présidentielle - une initiative
a été prise par une de nos amies que plusieurs d'entre
nous soutiennent.
Je veux parler du texte de contribution dit " des égales
".
Ce n'est pas encore une motion mais cela pourrait le devenir.
Les
féministes politiques savent que tout changement passe par la
politique et tentent inlassablement de se faire entendre à la
veille de chaque Congrès. C'est le sens de ce texte des Egales.
.
Les
femmes socialistes devront se faire entendre à Reims en Novembre.
Certaines vont se réunir ici demain après midi
Notre
programme
Pendant
deux journées nous allons aborder ces sujets avec :
- Fatima Lalem adjointe au Maire de Paris (maîtrise du corps)
;
- Gorge Pau Langevin députée de Paris (égalité
professionnelle) ;
- Véronique Lizan (femmes et mathématiques) ;
- Danielle Bousquet députée des Cotes d'Armor (Retraites)
;
- Régine Senac (chercheuse au CNRS spécialiste du thème
de la Parité politique) ;
- Milka Matso (partage des tâches) ;
- Françoise Durand évoquera le parcours de Taslima Tasreen
et Aung San Suu Kyl ;
- Le centenaire de Simone de Beauvoir sera évoqué par
Liliane Kandel. Chercheuse, suivi de la projection du film " je
veux tout de la vie " ;
- Michèle Delaunay, médecin députée de la
Gironde qui a su battre Alain Juppé aux dernières élections
évoquera ses combats.
- Pour terminer un grand merci à Maxime Bono Maire de la Rochelle,
Françoise Mesnard, Vice Présidente de la région
Poitou Charente ainsi que Michèle Lallemand sans qui ces journées
n'auraient pu se tenir.
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