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Madame
Yvette Roudy, 24 et 25 novembre 2000
Dans son texte soumis au vote des militants, notre Premier Secrétaire,
François Hollande, propose pour les prochaines législatives,
40 % de candidatures féminines.
Cette proposition s'ajoute à notre loi sur la parité qui
en imposant la parité par tranches de 6 aux élections
municipales peut porter à 40 le pourcentage de conseillères
municipales.
Lorsque
Lionel Jospin, alors Premier Secrétaire du Parti a imposé
30 % de candidates aux législatives de 1997, on a pu dire que
ce n'était pas si mal, mais il faut dire que nous n'étions
alors que 6 % au groupe socialiste qui ne comptait que 50 députés.
Le courant de 1997 aidant, on a vu arriver 250 députés
socialistes ce qui a entraîné du même coup 40 femmes
soit 18 % au sein du groupe.
Les circonstances sont très différentes. 40 % de candidates
ne signifie pas grand chose aujourd'hui, surtout tant qu'on ne connaît
pas la qualité des circonscriptions qui leur seront allouées.
Les
sièges déjà réservés à des
femmes le resteront-ils, y compris le siège du XXème arrondissement
de Paris et de Fécamp ?
Réserverez-vous les places laissées disponibles - pour
diverses raisons - par des sortants, qui ne souhaitent pas se représenter,
à des femmes ?
Ce
sont là des méthodes qui ont été largement
utilisées et avec succès par nos amis socialistes du Nord
de l'Europe, notamment la Finlande où je me trouvais il y a deux
semaines et où je rencontrais la Présidente de la République,
Madame Tarja Halonen, socialiste et féministe.
Je note que ce pays compte aujourd'hui près de 40 % de députés
femmes.
Mais,
il faut, quant à nous, mes chers camarades, plus d'imagination,
de volonté. La stratégie des petits pas ne peut plus nous
satisfaire.
En
effet, s'agissant des municipales, nous savons que la loi sur la parité
ne donnera de résultat que sur le nombre des conseillères
municipales. On ne peut espérer de grands changements quant aux
nombre de femmes-maires, pas plus d'ailleurs quant à la composition
des structures intercommunales. Nous savons par ailleurs que de nombreuses
mairies ne sont pas concernées par la loi. Vous me direz trois
par tranches de six, cela va donner autour de 40 % de conseillères
municipales et certains considèrent que ce n'est pas si mal,
qu'elles pourront ainsi se former, selon cette étrange croyance
qui voudrait que les femmes aient besoin d'une période d'apprentissage,
alors que les hommes, bien sûr, n'en ont pas besoin, car ils sont
naturellement compétents.
Notre faiblesse est là. Si nous sommes imbattables dans la conceptualisation
de nos idées, ce qui est gratifiant quand on est dans l'opposition,
quand nous devons passer aux actes, nous nous laissons embourber dans
les ornières de notre bureaucratie d'État, qui ne fait
que reproduire des schémas sociaux. Nous oublions alors que notre
rôle est d'instiguer les transformations sociales.
Il
est donc surprenant de constater que le mouvement féministe et
les femmes sont à nouveau si peu considérées en
notre sein au motif que les thèses que nous défendons
seraient dépassées. Certainement pas, l'histoire montre
que le mouvement féministe entraîne ces mêmes transformations
sociales : égalité de droits, partage des responsabilités,
revendication paritaire. En ce sens, le féminisme est un courant
politique. Et je saluerai, à cet égard, dans le domaine
de l'avancement de nos idées, les propos de Lionel Jospin, lors
de l'Université d'été de la Rochelle, qui disaient
que lorsque l'on était socialiste, on était féministe.
Pour
toutes ces raisons et afin de mettre en application tous les beaux principes
que nous avançons, je vous propose une méthode de passage
à l'acte : " l'objectif de parité intégrale
des élus devra être atteint dans la décennie à
venir et cela pour toutes les élections. "
Je
vous demande donc de voter cet amendement qui vous est présenté
ainsi rédigé.

| Femmes
en politique et stars du show-biz |
Libération,
2 et 3 octobre 1999, par Yvette Roudy, députée-maire de Lisieux,
ancienne ministre
"
M. Le président de l'Association des maires de France,
Je vous prie de bien vouloir noter que la députée-maire
que je suis refuse de participer au concours que vous avez eu l'étrange
idée d'organiser en proposant aux maires de France de choisir,
pour symbole de la République, parmi certaines stars du show-biz.
Cette idée, sortie - à l'évidence - tout droit
d'un cerveau bien gaulois, n'est pas si surprenante quand on observe
que votre organisation ne compte même pas 5% des femmes et qu'elles
n'y ont donc pas droit à la parole.
Mais j'espérais vaguement que vous auriez pu rendre compte que
le monde avait bougé depuis les années 50. En imposant
si tranquillement vos goûts si archaïquement masculins, vous
révélez vos pensées profondes : les femmes n'auraient
de place en politique qu'à travers de superbes images capables
d'enflammer vos imaginations.
Pardonnez-moi de ne pas partager vos fantasmes, et en attendant vos
prochaines déclarations en faveur de la parité, croyez,
Monsieur le Président, en l'assurance de mes salutations distinguées."

L'Europe
montre la voie Libération, lundi 28
juin 1999, Yvette Roudy
Une
chose est certaine : il était devenu insupportable pour les représentants
de la France, berceau des droits de l'homme, de s'asseoir à la
table des grands et de défendre les principes de notre démocratie
tout en s'affichant parmi les derniers de la classe européenne
en matière de représentation féminine en politique
avec 10,9%. Le vote de ce lundi constitue donc une avancée, un
progrès qu'il a fallu arracher, mais c'est un tout petit pas
et le gouvernement doit absolument le confirmer. Il peut dans ce domaine
s'inspirer des recommandations de l'Europe.
Ainsi,
mardi dernier, lors d'un débat qui eut lieu à Strasbourg,
le Conseil de l'Europe a fixé à 30% le seuil critique
au-delà duquel le poids des femmes, leur culture, leur vision
des choses, peut commencer à peser vraiment sur les décisions.
Seuls la Suède (42%), le Danemark (37,5%), la Norvège
(36,4%), les Pays-Bas (36%) et l'Allemagne depuis peu (30,9%) ont atteint
ce chiffre.
Le
thème de la parité est venu de l'Europe, de la charte
d'Athènes, adoptée en 1992. La France y faisait pâle
figure. Depuis, pressés par les institutions européennes,
de nombreux pays ont fait de sérieux efforts pour rattraper leur
retard : l'Autriche (26,2%), l'Espagne (24%), le Luxembourg (20%), la
Grande-Bretagne (18%).
La
France doit la faible progression (+4%) du nombre de ses femmes parlementaires
aux seuls efforts du Parti socialiste en juin 1997, qui a triplé
sa représentation féminine à l'Assemblée
nationale.
Saurons-nous
lundi soir ce que le gouvernement compte adopter comme méthode
pour nous sortir de ce rang peu glorieux ? Les recommandations ne manquent
pas, qu'elles viennent de l'Europe ou de l'ONU, de la convention des
Nations unies sur l'élimination de toutes les formes de discrimination
à l'égard des femmes, ou encore de la Conférence
interministérielle européenne sur l'égalité
entre les femmes et les hommes comme critère fondamental de la
démocratie (1997).
Mardi
dernier, le Conseil de l'Europe a avancé un certain nombre de
recommandations : l'instauration de la parité au sein des partis,
le calcul de leur financement en fonction de leurs efforts de féminisation,
une loi mettant en place un système d'éducation paritaire,
la création de commissions ou de délégations parlementaires
aux droits des femmes, la création d'une structure publique chargée
de l'égalité des chances et d'un système de statistiques
permettant de suivre l'évolution de la parité, des campagnes
d'information permettant de faire évoluer les mentalités...
Pour
ma part, j'avais proposé dès l'automne 1997 de prévoir
une sanction financière pour tout parti qui ne ferait pas d'efforts
de féminisation et ne s'engagerait pas à assurer la parité
dans la décennie. Enfin, pour la proportionnelle, on peut également
prévoir la parité tout de suite : faute de quoi les listes
seraient refusées.
Ce
ne sont pas les idées ni les exemples qui manquent en Europe
depuis vingt ans. C'est la volonté politique de nos dirigeants
qui fait défaut.
Yvette
Roudy est ancienne ministre, députée-maire de Lisieux
et présidente de la commission des droits des femmes au Conseil
de l'Europe.

| Élections
présidentielles |
Questions
de l'Assemblée des Femmes aux candidat(e)s à la Présidentielle,
Mars 1995
Le
chômage et la précarité frappent davantage les femmes
que les hommes. Quelles mesures concrètes comptez-vous prendre
? D'autre part, vous n'êtes pas sans savoir que les inégalités
entre emploi féminin et masculin se sont creusées, alors
que la loi Roudy votée en 1983 n'est pas appliquée quand
elle n'est pas dévoyée. Comment remédier à
cette situation ?
Qu'envisagez-vous
pour encourager la représentation paritaire des femmes dans les
assemblées élues ? Que pensez-vous d'une loi sur la parité
?
Nul
n'ignore que la loi n'est pas appliquée concernant l'IVG, pas
plus que l'information faite sur la contraception. Compte tenu de la
montée des intégrismes et du développement des
commandos à l'encontre des centres IVG, que recommandez-vous
?
Acceptez-vous
de défendre, au sein de l'Union européenne, la création
d'un observatoire chargé d'organiser, tous les cinq ans, une
conférence-forum sur la situation des femmes ?
Comment
comptez-vous développer la nécessaire solidarité
avec les hommes et les femmes démocrates, menacés dans
leur vie par la folie intégriste ?

"Osez.
Femmes, devenez Maires",
23 avril 1994
Une
conscience naît : 50 ans après l'obtention du droit de vote,
le 21 avril 1944, les Françaises sont toujours exclues des hauts lieux
de décision politique.
Avec
6 % de représentantes à l'Assemblée Nationale,
elles n'arrivent qu'au 11ème rang des pays de l'Union
européenne.
Les
deux derniers pays européens à bloquer la représentation
des femmes sont paradoxalement la Grèce et la France, symboles
de la démocratie.
Si
nous acceptons cette place comme une fatalité, si nous nous résignons
à cet état de fait, cette scandaleuse situation ne changera
pas.
Nous
devons compter sur nos propres forces, sur notre élan.
La
déclaration d'Athènes du 3 novembre 1992 proclame " la
démocratie impose la parité dans la représentation
des Nations ".
Une
occasion de mettre en oeuvre cette parité va se présenter
aux femmes lors des prochaines élections municipales de 1995.
La
nature même de ces élections - élections locales
de proximité - la loi électorale qui les régit
- la représentation proportionnelle - le type de décisions
qu'elles auront à assumer - aménagement urbain et rural,
budget, vie scolaire, socialisation des enfants et des adolescents,
solidarités, etc. - convient pour un premier pas.
Cette
entrée à parité dans la gestion municipale - qui
peut se concevoir graduellement - devrait être une étape
décisive sur la voie de la participation indispensable des femmes
à tous les niveaux de décision politique.
Dès
maintenant, il s'agit que les femmes se mettent en mouvement et créent
des collectifs de préparation à la candidature. Nous les
y invitons. Nous les y aiderons.

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