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La femme et la maîtrise de son corps

Mannequins vivants aux Galeries Lafayette
Communiqué de presse du 19 avril 1999 de Mme Yvette Roudy

Considérant que la présentation de lingerie où évoluent des mannequins jetées en pâture au public actuellement aux Galeries Lafayette présente un caractère dégradant et constitue une atteinte à la dignité humaine, que cette initiative incite au voyeurisme et qu'il est impensable de faire une telle utilisation du corps humain à des fins commerciales,Yvette ROUDY, signataire en tant que présidente de l'Assemblée des Femmes de l'appel de l'association Mix-Cité et du Collectif National aux Droits des Femmes, a pris l'initiative de demander l'interdiction de ce " spectacle " auprès de Philippe Massoni, préfet de Paris.

Voir aussi :
Briser le silence (Août 2003)
Une mort par violence, non par amour (Août 2003)
Motion n°3 - Tolérance zéro pour les violences faites aux femmes
(Université d'été 2002)

 

 

* Projet de loi relatif à la Bioéthique
* Projet de loi "IVG-Contraception"
* Que trouve-t-on sous le terme de "pilule"?
* A propos de la contraception et de la pilule
* Maîtrise du corps

 

 Projet de loi relatif à la Bioéthique (n° 3166)
 Intervention de Mme Yvette Roudy, députée, rapporteure d'information de la Délégation aux droits des femmes,  Mardi 15 janvier 2002

Nous abordons aujourd'hui un domaine difficile, délicat, une véritable révolution, qui touche ce qu'il y a de plus intime en nous : notre capacité à procréer. Et devant les perspectives que les chercheurs nous ouvrent, nous sommes partagés entre la stupeur, le vertige, l'émerveillement et la peur, chaque nouvelle découverte présentant en même temps son côté lumineux, mais aussi son côté ténébreux [...]

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 Projet de loi "IVG-Contraception"
 Mme Yvette Roudy, Mercredi 29 novembre 2000

Nous sommes réunis aujourd'hui pour modifier, moderniser, adapter au monde nouveau dans lequel nous vivons, des lois qui en 1967 et 1975 ont été des textes courageux, audacieux qui ont conclu un chapitre héroïque de l'histoire des femmes, lorsque celles de ma génération devaient combattre, défier, provoquer l'ordre moral établi. Nous le faisions par des manifestations publiques dans la rue et parfois le désordre, mais violence et désordre étaient ce qui caractérisaient alors justement les conditions d'avortement des femmes poursuivies telles des criminelles par une loi scélérate de 1920 .

Je garderai longtemps le souvenir en particulier de ce Manifeste dit des 343 salopes, 343 femmes dont Simone de Beauvoir, Colette Audry et bien d'autres encore, écrivaines, cinéastes, femmes engagées qui m'avaient demandé de les rejoindre, - ce que je fis naturellement - afin de faire éclater l'hypocrisie d'une société qui refusait de voir à quel point la situation était devenue inacceptable, scandaleuse, dangereuse, archaïque par rapport à celle de nos voisins, une société qui refusait d'admettre - comme il semblerait que ce soit encore le cas aujourd'hui dans certains milieux - qu'en matière de procréation, la voix des femmes est prépondérante.

Ces temps sont révolus, disons-nous. Nous vivons une époque plus apaisée, plus policée. Encore que, les vieux démons d'un patriarcat qui ne renonce pas, rôdent encore autour de nous, prêts à sortir leurs épées, dûment bénies, quand ils entendent le mot " droits " appliqué aux femmes, ces femmes qu'ils s'entêtent à considérer toujours comme des mineures, des êtres fragiles qu'il convient de protéger contre elles-mêmes et surtout quand il s'agit de leur sexualité et de ce pouvoir de procréer qui les obsède, dont ils n'acceptent pas qu'il puisse représenter un droit pour elles.

Parce que choisir de donner la vie au moment qui nous semble le plus opportun pour donner à l'enfant à venir ses meilleurs chances de développement, parce que refuser une naissance imposée par le hasard qui peut parfois s'appeler violence, parce que vouloir conduire son existence en être humain réfléchi et responsable serait, selon certains médecins, courir le risque de basculer dans je ne sais quel eugénisme ou serait le signe d'une tendance à s'abandonner à des " avortements de complaisance ", expression choquante en ce qu'elle révèle de mépris à peine masqué à l'encontre des femmes.

Non, ce n'est pas à vous chers docteurs, chercheurs, professeurs, aussi éminents soyez vous, de décider à la place d'une femme. Elle va vous consulter, vous entendre, croiser éventuellement vos avis - qui parfois sont contradictoires - mais en dernier ressort c'est elle qui décide. Il faut l'accepter et lui venir en aide parce qu'elle souffre, elle est en état de détresse, elle a besoin de votre aide et de votre assistance comme peut en avoir besoin une personne en danger. Et il est inutile d'habiller vos convictions intimes d'arguments scientifiques, aussi éminents soient-ils, et de prétendre parler au nom de la science. Au demeurant, ce n'est pas à la science de dicter la loi. La science peut proposer, conseiller, informer, mettre en garde, mais elle ne décide pas. En matière de loi, c'est le législateur qui décide.

De même ce n'est pas non plus au prêtre de décider. Je lisais lundi dernier une très longue interview dans un grand quotidien du soir, de Monseigneur Lustiger. Il s'inquiète de ce que les IVG ont augmenté de 1993 à 1998 et soient passées à 210.000. C'est vrai mais en 1975, on en dénombrait bien plus, on atteignait le nombre de 250.000.

La loi de 1975 a réduit les IVG jusqu'en 1993 et puis les temps ont changé, notre vigilance s'est relâchée, et je suis d'accord avec lui pour dire 210.000 c'est trop. Mais à mon avis, ce n'est ni l'interdiction ni la répression qui peuvent en réduire le nombre. Cela nous ramènerait en arrière.
La réponse c'est une meilleure contraception, une meilleure information des femmes et des hommes aussi dans leurs responsabilités dès leur plus jeune âge. Il ne suffit pas de faire exceptionnellement une campagne d'information sur la contraception tous les quinze ans et la dernière fit si discrète que beaucoup d'entre nous ne l'ont même pas vue passer. L'information sur la contraception est un droit et doit faire partie de la vie quotidienne. Cette information doit être banalisée, intégrée à notre système éducatif. Ce n'est pas le cas, cela doit le devenir.

Il faut comprendre les comportements nouveaux, en tenir compte. Et je voudrais dire ceci à Mgr Lustiger : " Monseigneur, vous connaissez mal les femmes, et ça on ne peut pas vous en vouloir, mais écoutez ce qu'elles disent, comprenez les ". Pour elles, l'IVG n'est pas une " suppléance à la contraception ". Pas du tout. Si on leur donne une bonne contraception, le nombre d'IVG va baisser, parce que une IVG n'est jamais une partie de plaisir.
Croyez moi " l'urgence éthique et sociale " dont vous parlez, c'est d'écouter les femmes. Les origines d'une grossesse non désirée c'est l'ignorance. L'information et la connaissance éloignent du désordre. Pas l'interdit.

Cela dit, je suis d'accord avec le Cardinal, quand il dénonce les conditionnements que nous font subir la publicité et certains films d'un sexisme particulièrement violent dont ne manquent pas de s'inspirer des pervers qui prennent les images au premier degré. De même, j'avoue que j'ai quelques doutes à propos de la suppression de la prescription médicale en matière de contraception. Autant le médecin n'a pas à peser sur la décision de la femme, autant une consultation parce qu'elle permet de vérifier un certain état de santé peut être utile avant d'adopter une méthode de contraception qui reste un médicament. Là-dessus je pense que notre ministre va pouvoir nous éclairer.

Mais pour ce qui est du remplacement, dans certains cas, de l'autorisation parentale par un adulte référent choisi par la jeune fille, je ne crois pas que cela puisse représenter une cause de " désordre " supplémentaire, comme le craint Monseigneur Lustiger. Le désordre, il est là, quand le parent est absent et il l'est trop souvent parce qu'il ne veut pas voir que son enfant a grandi.

L'histoire d'il y a 30 ans nous l'a appris, une femme résolue, décidée à ne pas poursuivre sa grossesse ne la poursuivra pas. Elle défiera tous les dangers, prendra tous les risques, ira à l'étranger, entrera dans la clandestinité, recherchera l'argent qu'elle n'a pas forcément, s'endettera comme ces 5000 femmes et ces très jeunes filles qui traversent encore une frontière pour trouver ailleurs cette assistance que la France n'est pas capable de leur apporter.

Je remercie le Premier Ministre qui, cet été, a su arbitrer un débat qui s'éternisait. Nous étions un certain nombre, associations, députés, hommes, femmes à demander avec insistance ce passage à la 12ème semaine.

Il faut admettre qu'une loi, aussi bonne soit-elle, ne prévoit pas tout et ne peut tout résoudre. Seule sa mise en oeuvre nous dit ce qui ne va pas. Si la loi de 1975 a réduit les trafics financiers, les désordres, les souffrances, si elle a apporté plus de liberté aux femmes, il reste que les délais imposés, les consultations exigées, les tracasseries multiples, les freins de tous ordres, les intimidations, les campagnes violentes des anti-IVG qui n'ont pas désarmés et qui ne désarmeront pas, mettent hors délais trop de femmes mal informées.

Pour terminer, je dirai à nos opposants, médecins, prêtres et d'autres encore : " faites confiance aux femmes , observez comme elles savent faire face dans les moments difficiles de la vie. Ce sont des êtres responsables, courageux, vous ne pouvez plus décider à leur place, ce temps est révolu ".
Freud lui même, à la fin de sa vie, reconnaissait qu'il s'était trompé sur leur compte et admettait qu' " après tout ce sont aussi des êtres humains ".

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 Que trouve-t-on sous le terme de "pilule" ?
 Dr Joëlle Bensimhon (Centre d'orthogénie de l'Hôpital Broussais)
 Dr Annie Bureau (Centre d'Orthogénie de l'Hôpital Broussais - membre de l'Assemblée des Femmes)
 26 Janvier 2000

Définition

Depuis 1967, date de la légalisation de la contraception et de la prescription large de médicaments contraceptifs, sous le nom de "pilule", les techniques, les moeurs et les lois ont changé.

Le terme de " pilule " est employé vulgairement pour désigner trois méthodes médicales différentes pour contrôler les naissances :

  • La pilule contraceptive : médicaments prescrits pour une contraception durable et réversible.
  • La contraception d'urgence : dite " pilule du lendemain ", médicaments prescrits pour éviter une grossesse si un rapport non protégé a eu lieu accidentellement.
  • Un médicament qui provoque l'avortement : connu sous l'appellation de " RU 486 " et dont le nom est maintenant la " Mifégyne ". Utilisé seulement en milieu hospitalier, pour faire une interruption volontaire de grossesse.

Contraception - Contraception d'urgence - IVG

1. La " pilule " contraceptive

La contraception orale n'est légalisée que depuis 1967. A cette époque, seules des pilules fortement dosées étaient disponibles ; cela n'a pas empêché les femmes de les utiliser largement sans incidence majeure sur leur santé.

  • Composition

Il existe plusieurs types de pilules :
- celles à base d'hormones oestrogènes et progestatives
- celles à base de progestatif seul
Plusieurs dosages sont disponibles, chacun possédant ses avantages :
- Normodosées
- Minidosées
- Microdosées

  • Utilisation

38% de femmes de 20 à 49 ans utilisent la contraception orale ; on peut l'utiliser sur de longues périodes sans problème ; un suivi gynécologique annuel, frottis et prise de sang tous les deux ou trois ans sont habituels. Une ordonnance est nécessaire pour se procurer la contraception orale, mais, exception parmi tous les médicaments, la Sécurité Sociale accepte les ordonnances pour 1 an.
Posologie: selon le type de pilule,
- 1 comp/jour x 21 jours - 7 jours d'arrêt
- 2 comp/jour x 20 jours - 8 jours d'arrêt
- 1 comp/jour sans arrêt.
Il existe une contre-indication formelle : si vous souffrez de maladies cardio-vasculaires graves (phlébites ou embolies pulmonaires). Une restriction chez les fumeuses de plus de 35 ans.

  • Efficacité

- 99,5% d'effîcacité si elle est prise correctement
- En cas d'oubli :
a) Jusqu'à 12 heures d'oubli, pas de problème : prendre le comprimé oublié et les autres normalement.
b) Au-delà de 12 heures d'oubli, terminer normalement la plaquette en laissant de coté les pilules oubliées. Se protéger par une autre contraception pendant les 7 jours suivants même sous pilule.
La prise doit être plus stricte sous micropilule (6 heures d'oubli seulement admis), et 7 jours de précautions supplémentaires dans tous les cas.

  • Tolérance

La pilule est en général bien tolérée.
Elle n'altère pas la fertilité : on peut démarrer une grossesse aussitôt l'arrêt.
Quelques nausées lors du début de la première plaquette, s'amendant en général rapidement.
S'il survient une prise de poids, il faut prendre une pilule plus " légère ".
Jusqu'à maintenant, les études montrent que la contraception orale ne provoque pas de cancer.
Effets bénéfiques : les femmes sous pilule seraient protégées du cancer de l'ovaire. La contraception orale régularise les cycles, diminue les symptômes désagréables qui précèdent les règles (douleurs, gonflements) et diminue l'abondance des règles.

2. " La pilule du lendemain "

C'est une contraception d'exception, elle ne peut être efficace que chez une femme non enceinte. Elle vient enfin d'être fabriquée et distribuée de façon réglementaire en novembre 1999. Elle devrait être utilisée largement car son accès est facile et les contre-indications exceptionnelles.
Elle ne peut être qu'un dépannage car elle n'est pas efficace à 100%. Sa composition est très proche des contraceptifs hormonaux mais l'utilisation en est très différente ; elle ne peut constituer une contraception habituelle.
Dans quelle situation aurez-vous recours à la contraception d'urgence ?
- Si vous n'êtes pas sous pilule, à n'importe quelle date du cycle, si un préservatif est rompu ou si vous n'avez rien utilisé.
- En cas d'oubli de pilule de plus de 12 heures.

  • Composition

Deux formules sont à disposition des femmes :
- Le Tetragynon : prescrit sur ordonnance et remboursé. Présenté en boîte de 4 comprimés à prendre par la bouche : 2 comprimés et 2 comprimés 12 heures plus tard.
- Le Norlévo : peut être acheté sans ordonnance en pharmacie. Présenté en boîte de 2 comprimés à prendre par la bouche : 1 comprimé et 1 comprimé 12 heures plus tard.

  • Utilisation

Elle est la même pour les deux formules.
Le plus tôt possible après le rapport sexuel, au plus tard 72 heures après (3 Jours).
La délivrance ne nécessite pas d'examen gynécologique.
Son utilisation n'est valable que pour un seul rapport sans précaution.
Il est recommandé d'utiliser un moyen contraceptif local (préservatif ou spermicide) lors des rapports sexuels suivants.
Les règles suivantes surviennent à la date prévue ; s'il y a un retard de plus de 5 jours, il faut faire un test de grossesse sur le sang

  • Efficacité

Environ 85%, d'autant plus efficace que le premier comprimé est pris rapidement après le rapport sexuel. Si malgré tout, vous êtes enceinte, la grossesse va évoluer normalement.

  • Tolérance

Selon les produits, il peut se produire des nausées, plus ou moins importantes ou des maux de tête.
Consultez votre médecin dans les jours qui suivent car ce sera l'occasion de décider d'une contraception efficace et durable.

3. La " pilule abortive "

C'est comme un médicament pour avorter.
Comme tout avortement, cette méthode est soumise à des règles définies par une loi depuis 1979 : l'avortement doit être fait par un médecin et dans un établissement hospitalier.
200.000 femmes en ont déjà bénéficié, et, grâce à cette méthode, on évite le recours à l'aspiration chirurgicale.
Dans quelle situation y aurez-vous recours ?
- Si vous êtes enceinte de moins de 5 semaines (soit moins de 7 semaines après le début des dernières règles).
- Si vous ne souhaitez pas poursuivre cette grossesse.

  • Composition

Sa composition est très différente des pilules contraceptives.
C'est une hormone anti-hormone, qui bloque la croissance de l'oeuf ; 48 heures après, on administre une deuxième substance, la prostaglandine qui complète l'avortement et provoque l'expulsion de l'oeuf.

  • Utilisation

Elle est prescrite à l'hôpital, par un médecin ; son utilisation nécessite un examen gynécologique, une échographie et/ou un test quantitatif de grossesse sur le sang.
Elle n'est utilisée en France que jusqu'à 5 semaines de grossesse.

  • Efficacité

96 à 98% de réussite.

  • Tolérance

La Myfégyne est bien tolérée.
- La prostaglandine peut provoquer, le jour de l'expulsion, des douleurs plus ou moins intenses selon les femmes, comme de fortes règles, quelques nausées ou malaises.
- Dans les suites de I'IVG se produisent des saignements pendant 9 jours environ.

Les femmes et les utilisatrices de cette méthode l'ont plébiscitée.
Par contre, le corps médical et les paramédicaux restent réticents à son utilisation : sans doute cette facilité accordée aux femmes dérange-t-elle les coutumes d'une société qui souhaite un contrôle sur leur droit de choisir.

Voici les visages différents de ces soi-disant " pilules " ; il ne faut pas oublier que la contraception, ce n'est pas seulement la pilule ; il existe des méthodes
plus ou moins efficaces, plus ou moins médicalisées et les progrès des techniques et des moeurs permettent aujourd'hui à toute femme, dès le début de sa vie sexuelle, de choisir ou non d'avoir un enfant.

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 À propos de la contraception et de la pilule
 Décembre 1999

Professeur NisandA l'occasion de son assemblée générale annuelle (11 décembre 1999), l'Assemblée des Femmes a convié le Professeur Israël Nisand, auteur du rapport " L'IVG en France, propositions pour diminuer les difficultés que rencontrent les femmes ", établi à la demande du gouvernement et remis en mars 1999 à Martine Aubry.

Déjà dans le cadre de son Université d'été (25 et 26 août 1999), l'Assemblée des Femmes avait consacré un atelier à l'étude de ce document et rédigé un manifeste à l'adresse du gouvernement pour la mise en application immédiate et dans leur intégralité des 25 propositions du Professeur Nisand.

En introduction, Yvette Roudy dénonce la situation qui oblige les femmes à aller avorter à l'étranger pour une IVG, car l'application de la loi en France ne répond pas à leurs demandes. Elle dénonce également la montée de mouvements hostiles à la contraception et à l'IVG.

Le Professeur Nisand commence par rappeler quelle était son appréciation lorsqu'il a débuté ses activités professionnelles.

Jeune chef de clinique à l'époque de la promulgation de la loi sur le remboursement de I'IVG, il reconnaît avoir sous-estimé la nécessité de cette mesure et de son impact. Pour lui, le remboursement de I'IVG n'était pas une nécessité dans la mesure où des moyens contraceptifs existaient et n'étaient pas eux-mêmes remboursés.

Sa nomination dans les Yvelines l'a très rapidement conduit à être confronté à des situations concrètes. Il a pu alors se rendre compte de la disparité entre les femmes selon leur origine sociale. Aux classes aisées, la connaissance et les moyens de maîtriser les naissances, aux classes défavorisées, la méconnaissance des moyens contraceptifs, les grossesses multiples et leur cohorte de difficultés.

Il a alors mesuré l'état de sous-information chronique, les effets des contraintes législatives et le traumatisme d'une IVG pour les femmes.

Depuis lors, il n'a cessé de rechercher les causes, d'en étudier les effets et de proposer des solutions. Trois secteurs de prospections :

  • les jeunes,
  • les immigrés,
  • les délais légaux pour pratiquer une IVG.

A l'issue de ses enquêtes auprès des jeunes, il a pu constater que le manque d'information pour prévenir se double d'une appréhension à l'égard du corps médical, par ignorance du concept de secret médical, et d'un manque de ressources pour payer une consultation.

Quant aux femmes immigrées, leur situation, identique à celle des jeunes, est aggravée par leur statut.

Les délais légaux en France pour une IVG sont trop courts. Aucune raison médicale ne les justifie. Notre pays doit en ce domaine s'aligner sur les autres législations européennes, et ainsi autoriser l'avortement jusqu'à la 12ème semaine.

Pour en revenir à la situation des mineures enceintes, l'autorisation parentale exigée pour ce type d'intervention peut se révéler catastrophique. Cela sous-entend que les parents peuvent refuser de donner cette autorisation. Pourtant, à partir du moment où la femme peut se reproduire, elle est en droit d'accepter ou de refuser une grossesse. Y a-t-il une majorité sexuelle à partir de là ? En France, il est difficile d'aborder ce sujet, car le pays n'est pas prêt à en parler, néanmoins il faut trouver des solutions. Ainsi, Martine Aubry propose la solution du " tutorat " (tante, oncle, grande soeur, grand frère, adulte du Planning Familial ... ), moyen pragmatique, susceptible de régler ce problème.

En conclusion, en France où l'on pratique en moyenne 50 000 IVG par an, l'avortement est toujours inscrit dans le code pénal au lieu de l'être dans le code de la santé, ce qui en fait bien un stigmate sur l'image de la femme.

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 Maîtrise du corps
 Communiqué de presse du 19 août 1997 de Madame Yvette Roudy

En décidant de se rendre sur la tombe du Professeur Lejeune, le Pape relance implicitement le débat sur l'avortement qui a déchiré en son temps notre pays et que personne ne souhaite voir raviver.

Il avait jusqu'ici su observer un devoir de réserve de bon aloi. Mais voici qu'il apporte clairement son soutien à ces commandos anti-IVG qui défient notre loi, troublent l'ordre public, font entrer la violence dans nos hôpitaux, bousculent les équipes médicales chargées d'aider les femmes qui ont décidé de leur plein gré de mettre fin à une grossesse non désirée, ce qui est leur droit en tant que personnes conscientes et responsables.

Prétendre leur opposer les prétendus droits d'un embryon - cet oeuf fécondé qu'elles portent en elles contre leur volonté - est inacceptable.

La loi française a tranché ce débat. Dans ce domaine c'est à la femme concernée de décider et elle seule, hors de toute pression, en toute liberté.

Chef d'état et Chef de l'église Catholique romaine, le Pape est le bienvenu en France tant qu'il ne se mêle pas des affaires intérieures de la République.

Très Saint-Père respectez nos lois, respectez ces femmes s'il vous plaît et nous vous respecterons.

À lire : Extrait du journal officiel du 16 juin 1998

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