L'année
a été marquée par une Université d'Automne
particulièrement brillante sur le thème de la Culture.
Un thème qui permet de balayer quasiment tous les sujets. Nous
avons dû faire des choix.
Nous avions choisi d'ouvrir la journée avec le vieux débat
toujours recommencé de " nature
et culture " que Geneviève Fraisse, philosophe,
a traité.
Benoîte Groult a accepté de venir parler avec brio
et humour de la féminisation des titres et des professions. J'avais
demandé, dans les années 80, à Benoîte Groult
de présider une commission sur ce sujet au Ministère que
j'animais. 25 ans plus tard le sujet continue de faire débat
et de se heurter à la résistance de certains académiciens.
Anne Hidalgo, première adjointe à la Mairie de
Paris, qui ne manque pas une seule de nos universités, est venue
nous parler de l'effort que fait la Mairie de Paris pour faire sortir
de l'ombre un certain nombre de femmes célèbres en donnant
leurs noms à quelques lieux de la capitale.
Le
très vaste sujet de " la création et les femmes ",
sujet cher à Virginia Woolf, a fait l'objet de deux tables rondes
: " La création hier étouffée
" a été traitée par Marie Jo
Bonnet, Nathalie Kauffman, Françoise Durand,
Dominique Desanti... La deuxième table ronde, "
la création aujourd'hui en voie de liberté "
avec Nadine Trintignant, réalisatrice, Dominique Desanti,
écrivaine, Olga Trostiansky, Pascale Criton et
Claudine Monteil, écrivaine, spécialiste de S.
de Beauvoir.
Trois
spécialistes du costume, Michèle Fayet, historienne,
Simone Borguet et Renée Turpin nous ont parlé
- avec projection - de l'évolution du costume féminin
à travers les âges.
Et nous avons terminé cette journée par une visite exceptionnellement
autorisée et fort appréciée du Musée d'Orsay
sous la conduite éclairée de Nathalie Kauffman
et Anne Le Diberder.
Enfin, Regane Senac avait accepté une fois de plus de
faire un point d'actualité sur l'évolution de notre loi
" Parité "
Je
tiens à remercier le Maire du 3° arrondissement pour l'accueil
chaleureux qu'il nous a réservé dans sa Mairie, ainsi
que son personnel municipal. Je remercie aussi Christine Alayli
notre trésorière, Lysiane Gerbier , fidèle
entre les fidèles, et François Navarro qui ont
aidées à la bonne réalisation de cette Université.
Sans oublier Françoise Durand qui a assuré non
seulement une partie du programme mais aussi l'intendance. J'ajoute
à ces remerciements nos députées Danielle Bousquet
et Conchita Lacuey qui nous ont apporté le soutien précieux
de leur secrétariat.
Les
actes de ce colloque vont être rapidement disponibles. Nous avons
voulu une fois encore tenir le pari de cette publication qui laisse
une trace utile pour celles et ceux qui s'intéressent à
l'histoire des femmes. Mais cela représente une charge très
lourde pour nous qui n'avons que très peu de subventions et qui
nous appuyons surtout sur le bénévolat assumé par
peu de personnes.
Par
ailleurs, nous avons cette même année organisé une
journée débat sur le thème de la laïcité,
fondamental pour les femmes, avec notamment Michèle Vianès
toujours très active sur ce sujet toujours d'actualité.
En
dehors de ces manifestations nous bénéficions de l'aide
fidèle de Marie-Pierre Fillette qui assure toujours une
revue de presse attentive que vous recevez régulièrement.
Par ailleurs Françoise et moi avons participé à
de nombreux colloques et divers débats sur la laïcité
mais aussi sur l'évolution des droits des femmes.
Je
n'énumérerai pas les nombreux colloques et manifestations
auxquels j'ai pu prendre part notamment à l'occasion de la présentation
de mon dernier livre, "Allez les femmes ".
J'ajoute que notre antenne parisienne connaît un renouveau sous
l'impulsion de sa nouvelle Présidente Olga Trostiansky.
Tout
comme moi, vous avez pu suivre l'actualité et compris que la
vigilance est plus que jamais indispensable.
J'ai retenu le thème de la laïcité, dont l'année
2005 a marqué le centenaire. Spécificité française,
mot intraduisible mais concept très clair à expliquer
à nos voisins européens : il s'agit de la séparation
des Eglises et de l'Etat. L'Etat ne se mêle pas des affaires de
l'Eglise et réciproquement. Tel est le principe quelque peu assoupli
en France par la prise en charge de l'entretien des lieux de culte par
l'Etat.
Ce principe est plus que jamais d'actualité au moment où
un certain intégrisme religieux politique, issu des pays de religion
musulmane, cherche à déstabiliser nos états de
droits en général et notre république en particulier,
par le biais de ce que l'on a appelé chez nous " l'affaire
du voile ", vrai cheval de " Troie " dans nos libertés.
Le
combat n'est pas terminé. Nous avons appris qu'un état
du Canada avait accepté dans ses institutions le respect de la
Charia - loi religieuse - au nom du respect des croyances de ses habitants
jusqu'au moment où on a constaté que cela revenait à
exclure les femmes d'un certains nombre de lieux publics, à un
traitement inégal dans le mariage, les divorces, les héritages,
bref à une inégalité de traitement entre les femmes
et les hommes... Fort heureusement des femmes d'origine iranienne ont
alerté les instances internationales féminines qui se
sont mobilisées. C'est ainsi que notre amie Michèle Vianès
s'est rendue au Canada. Bien entendu, nous avons signé les pétitions
de soutien et fort heureusement nous avons gagné.
Malheureusement
trop de pays sont encore inconscients ou indifférents au danger
que la Charia - cette loi religieuse que la religion veut imposer à
l'Etat - représente pour les droits des femmes.
L'indulgence de certains Etats est incommensurable : comme moi, vous
avez du entendre parler de cet état des Usa qui a fait entrer
l'enseignement des origines de l'homme selon la Bible au même
titre que l'enseignement des théories de Darwin. Je me souviens
de l'action d'un sénateur américain qui prétendait
substituer les 10 commandements à la Constitution.
Et je viens d'apprendre que notre Ministre de l'Education Nationale
se préparerait à imposer l'étude de la Bible dans
nos écoles. La vigilance là aussi s'impose.
Dans
le domaine de la prostitution, j'ai noté qu'en Grande-Bretagne,Tony
Blair s'attaque à son tour - après les Suédois
- aux clients des prostituées. C'est la bonne direction. Sans
client, pas de marché, pas de trafic, pas d'exploitation de la
misère humaine à des fins de profits. Pas de commercialisation
du corps humain. Désormais en Grande-Bretagne, tout automobiliste
sollicitant les services d'une prostituée se verra confisquer
son permis et sa photo sera publiée dans les journaux locaux.
" La prostitution détruit nos communautés, et ses
clients soutiennent indirectement dealers et proxénètes
" a déclaré Fiona Mactaggart, secrétaire
d'état à l'intérieur, chargée du dossier.
Ce n'est pas notre Ministre de l'Intérieur qui suivrait cet exemple.
Il préfère sanctionner les victimes, c'est-à-dire
les prostituées. Ces prostituées dont nous savons bien
qu'il s'en trouve toujours quelques-unes pour se déclarer "
libres " et demander la reconnaissance de ce qu'elles appellent
un métier, qu'elles se gardent bien de transmettre à leur
filles. Bizarrement.
Transmission
du nom. Il y a 20 ans, je tentais d'obtenir du gouvernement la possibilité
pour les femmes de transmettre leur nom à leur enfant. Je me
suis alors heurtée au refus obstiné d'un des ministres
de l'époque. Depuis le 1er janvier 2005 cette transmission est
possible. Aujourd'hui, un an plus tard, une enquête révèle
qu'un enfant sur 7 prend aujourd'hui le nom de la mère. Sans
problème. Il aura fallu tout ce temps (20 ans) pour obtenir satisfaction.
Moralité : ne jamais se décourager.
Sexisme
ordinaire. Vous connaissez toutes l'action courageuse de Florence
Montreynau qui pourchasse inlassablement toute image publique sexiste
de la femme, prenant ainsi le relais de ma bataille pour la loi anti-sexiste
qui a failli me faire disparaître sous des tombereaux d'insultes
sexistes en 1983, lorsque j'ai proposé une loi anti-sexiste pourtant
promise dans les 110 propositions du Président. Nous soutenons
le plus souvent l'action de notre amie. Sa méthode est simple.
Dès l'instant où elle remarque une publication ou un propos
sexiste, elle écrit et fait écrire aux auteurs responsables
en menaçant de boycotter leurs produits. C'est très efficace
en attendant une loi que les espagnoles ont déjà.
Et
dans le monde plus largement que pouvons nous retenir ?
Du
coté de la Suède. Les Suédois comptent 47%
de femmes au Parlement, affiche le taux d'emploi féminin le plus
élevé d'Europe, bénéficient d'un congé
parental de 13 mois, pourchassent les clients des prostituées,
se battent contre les violences faites aux femmes et comptent une majorité
de femmes dans les services publics. Mais ils déplorent une différence
de salaires de 18%, ne comptent que 19% de femmes dans les conseils
d'administration des entreprises, déposent environ 20 000
plaintes au titre de violences, regrettent que le congé parental
soit encore pris majoritairement par les femmes.
C'est pourquoi un groupe de femmes suédoises vient de créer
un parti politique qui présentera des candidates aux législatives
de 2006. Ce parti s'adresse aux " femmes qui veulent détruire
l'ordre patriarcal et aux hommes qui sont solidaires de cette lutte
".
En
Norvège une loi impose 40% de femmes dans les conseils
d'administration des entreprises depuis le 1er janvier 2006.
Excision.
Une dépêche d'Abidjan datée du 25 novembre dernier
nous apprend que 30 exciseuses de la capitale ivoirienne ont décidé
de mettre un terme à la pratique de l'excision - qui touche 40%
des femmes en Côte d'Ivoire - en déposant publiquement
leur lames, couteaux et ciseaux. De plus en plus de pays africains condamnent
désormais par la loi cette pratique barbare. C'est l'aboutissement
d'un combat que nous, féministes, menons depuis la fin des années
70. La démocratie est un long combat. Dans ce domaine comme dans
d'autres, notre soutien et notre solidarité à ces femmes
sont toujours indispensables.
Chili.
Dimanche soir nous saurons si le Chili s'est donné ou pas une
femme socialiste Présidente. Michelle Bachelet. Nos voeux l'accompagnent.
Des
nouvelles de la Parité Et une très bonne.
La
Parité est le thème fondateur de l'Assemblée des
Femmes qui se bat depuis plus de 10 ans pour que la France cesse
d'être la lanterne rouge de l'Europe en matière de représentation
féminine au Parlement. Depuis sa création en 1992, l'Assemblée
des Femmes - avec d'autres associations - a multiplié les actions,
colloques interventions de toutes sortes pour faire avancer ce principe.
En 1996, avec 10 femmes anciennes ministres - 5 de Droite et 5 de Gauche
- j'ai participé activement au lancement d'un Manifeste pour
la Parité. Nous avons avancé 7 propositions
pour remédier à ce grave déficit de démocratie.
La plupart ont servi de base à la loi que Lionel Jospin
a fait voter en 2000, une fois la Constitution modifiée. Entretemps,
et sans attendre d'arriver au pouvoir, Lionel Jospin avait fait porter
à 30% la présence féminine parmi les candidats
du PS aux élections législatives de 97. Ce qui a permis
au groupe socialiste à l'Assemblée nationale de tripler
sa présence féminine en passant de 6 à 18%.
La loi a permis l'élection de 47,5% de femmes dans les Conseils
municipaux, les Conseils régionaux et l'Assemblée européenne.
D'augmenter aussi légèrement le nombre de Sénatrices.
Cependant,
en 2002, les partis du gouvernement de Droite comme de Gauche ont préféré
subir une sanction financière et perdre une partie de leurs subventions
d'état - comme la loi le permettait - plutôt que de présenter
50% de femmes aux élections législatives. Cette décision
fait perdre au PS 1,5 million d'euros chaque année pendant 5
ans et le double aux partis de Droite du gouvernement.
Mais
tout récemment, lors du Congrès du Mans du PS en Novembre
2005, le Premier secrétaire du PS prenait l'engagement, non seulement
de présenter 50% de femmes en 2007, mais de doubler la présence
des femmes socialistes à l'Assemblée pour atteindre 33%.
À ma demande, le Premier secrétaire a précisé
que les 50% s'appliquaient à toutes les catégories de
circonscriptions (on peut en effet en distinguer 3 ou quatre (des meilleures
- acquises d'avance - aux plus mauvaises - perdues d'avance).
J'ai aussitôt fait une étude de la carte électorale
et décelé les 117 circonscriptions que la Gauche peut
espérer reconquérir en 2007, si les Français sont
assez gentils pour redonner leur confiance à la Gauche. 50% de
ces circonscriptions auxquelles pourront s'ajouter les 17 déjà
tenues par des femmes et une demi-douzaine suite au départ à
la retraite de députées qui auront atteint leur 70ème
année en 2007 pourront permettre au Premier secrétaire
d'atteindre 33% de représentation féminine au Groupe socialiste
à l'Assemblée nationale qu'il nous a promis. Nous rattraperons
ainsi le peloton de tête des pays européens, avec l'Espagne
et les pays scandinaves.
Je
considère qu'en me permettant pour la première fois de
participer aux travaux de la commission " Élections
" du PS, chargée de la mise en oeuvre de ses décisions,
François Hollande indique clairement sa détermination
à mettre fin au cas particulièrement honteux des socialistes
français et au-delà de la France dans ce domaine.
Affaire
à suivre.
Paris le 14 Janvier 2006. Assemblée des femmes. Y Roudy