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L'année 2001 de l'Assemblée des Femmes

Mai/Juin 2001 en Languedoc-Roussillon

* Programme du séminaire "Pour une république moderne : démocratie et parité"
* Donner à tous et toutes l'opportunité d'un mandat électoral
* Revenir aux sources de la démocratie

 

 

 Programme du séminaire "Pour une république moderne : démocratie et parité"

Samedi 16 juin 2001, Hôtel de Ville, 34760 Boujan-sur-Libron

9h15 : accueil des participant(e)s

9h30 : intervention de Raymond Faro, maire de Boujan-sur-Libron

9h45 : ouverture et présentation de la journée
Geneviève Tapié, présidente de l'Assemblée des femmes du Languedoc et du Roussillon

10h00 : intervention de Paul Alliés, professeur de Droit

10h30 : Table ronde n° 1 - La limitation du cumul des mandats, jusqu'où ?
Présidence: Elisabeth Auerbacher, avocate
Isabelle Bettati, présidente de l'Association pour le mandat unique
Eliane Bauduin, vice-Présidente du Conseil Général de l'Hérault
Catherine Guy-Quint, députée européenne
Renaud Boisvert, administrateur territorial

11h30 : débat

11h50 : clôture de la matinée : Maryse Berger-Lavigne, sénatrice de la Haute-Garonne

12h15 : réception à la mairie - déjeuner

14h30 : Table ronde n° 2 - Le statut de l'élu, lequel ?
Présidence : Yvette Chassagne, conseillère municipale de Narbonne
Gérard Rispal, président de l'Association sur le statut de l'élu
Catherine Bertin, déléguée générale de FNESER
Raymond Faro, maire de Boujan-sur-Libron
Jany Prats-Vidal, maire-adjoint de St Estève (PO)

15h40 : Table ronde n° 3 - La place des femmes, laquelle ?
Présidence : Geneviève Tapié
Barbara Romagnan, doctorante en science politique (Lyon)
Monique Dental, CEDREF (Université Paris VII)
Jeanine Rouvière, maire de Balsièges (Lozère)

16h40 : débat

17h00 : synthèse des travaux - Stéphane Ratinaud, journaliste à France 3 Sud

17h15/17h30 : clôture des travaux - Roland Courteau, sénateur de l'Aude

 Donner à toutes et tous l'opportunité d'un mandat électoral
 Michèle Sabban, vice-présidente de la région Ile-de-France

Avec 50% d´élues municipales les résultats des dernières élections sont satisfaisants et représentent même un succès si on les compare au faible nombre de femmes élues aux cantonales. Cela prouve que la loi sur la parité était indispensable pour faire changer les choses.

Mais sur ce total de femmes élues, seules 10% sont maires. Les premiers acquis ne doivent en effet pas cacher le chemin qu'il reste à parcourir. Il est nécessaire d'aller vers un partage à égalité du pouvoir. Car la parité doit contribuer à changer le fonctionnement de la démocratie face à la désaffection de certaines et certains vis-à-vis de la politique. Il faut redonner tout son sens à la citoyenneté.

Ainsi la démocratie n'a de réalité que vivante : il faut adapter régulièrement la façon dont elle s'exerce à l'état de la société. C'est pourquoi, à la lumière des résultats des municipales et dans la perspective des élections législatives, les questions de la reconnaissance du statut de l'élu et du non-cumul des mandats demeurent lancinantes. Notre démocratie doit donner à chacune et chacun la possibilité de se consacrer à un mandat électoral, avec des moyens suffisants. L'enjeu : donner la parole à des élues et élus de toutes origines.

 Revenir aux sources de la démocratie

Désormais, un élu municipal sur deux est une femme, mais elles ne sont que 10 % à être maires. Et, sans considérations comptables excessives, force est de constater qu'il en manque en gros 40 %.

Pourtant, promouvoir l'égalité entre les hommes et les femmes, c'est oeuvrer à la modernisation de notre démocratie. C'est travailler à l'avènement d'une société plus juste. C'est approfondir la République.

Il est donc légitime de s'interroger aujourd'hui sur son fonctionnement, de savoir aussi comment "remédier au confinement des femmes dans une minorité civique inacceptable".

La limitation du nombre de mandats est sans nul doute un moyen à explorer pour y parvenir. Mais, c'est aussi l'un des sujets qui fâchent toujours plus que d'autres en politique. Pour une raison assez simple : c'est que l'on touche au pouvoir et à sa distribution.

Notre propos ne sera pas de faire le procès de quiconque mais bien d'ouvrir un certain nombre de perspectives nouvelles. Dans ce contexte, comment ne pas admettre qu'un tel objectif sera toujours difficile à atteindre tant que le statut de l'élu (e) ne sera pas clarifié?

A partir d'interventions d'experts, d'exemples et de vécus concrets, ce séminaire vise à devenir un moment de respiration de la politique. Grâce aux femmes.

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Novembre/Décembre 2001

* Qui écoutera les Afghanes ?
* Concert contre l'intégrisme : Chants dévoilés

 Qui écoutera les Afghanes ?
 Yvette Roudy, Parlementaire, ancienne Ministre des droits de la femme, Présidente de l'Assemblée des femmes,
  25 novembre 2001

Avant que l'attentat du 11 septembre à New York ne fasse trembler le monde, fort peu de gens s'intéressaient au sort barbare que les Taliban réservaient à leurs femmes depuis leur arrivée au pouvoir le 27 septembre 1996. Fort peu, en dehors de ce monde à part que sont les associations féminines, féministes et humanitaires.

Lorsqu'en décembre 1998, j'organisais à Paris, à l'Assemblée Nationale, sous l'égide du Conseil de l'Europe, un colloque sur la situation des Afghanes, qui l'a remarqué en dehors de ces mêmes associations féminines, féministes, humanitaires ? Et pourtant, au même moment le Parlement Européen lançait une grande campagne en faveur des Afghanes. Un poster géant "une fleur pour Kaboul" représentait un beau visage de jeune fille, émergeant entre deux silhouettes enveloppées du tchadri, cette sorte de prison de tissu qui laisse à peine le regard filtrer à travers un grillage, sorte de scaphandre sans lequel les Afghanes ne pouvaient sortir de chez elles.

Force est de constater que jusqu'au 11 septembre, l'indifférence était quasi totale. Il faut dire que jusqu'alors, les États-Unis, par une sorte d'aveuglement ou de vieux réflexe politique, soutenaient le régime taliban contre les Russes et que des raisons économiques et des intérêts financiers puissants (pétrole et drogue) intervenaient. À partir du 11 septembre, attaqués au coeur même de leur puissance, sur leur propre territoire, les USA ont changé brutalement d'attitude. Le Président Poutine vient d'être reçu chez M. Bush comme un ami et un allié précieux, et Ben Ladden qui fit ses études en Occident et fut l'élève de la CIA est devenu l'ennemi public numéro un, dont la tête est mise prix pour 25 millions de dollars (140 millions de francs). Connaissant l'âme humaine, son meilleur ami peut fort bien se laisser tenter.

Dès lors, le sort des Afghanes est devenu un sujet incontournable et Madame Bush et Madame Blair elles-mêmes se sont adressées à l'opinion de leur pays respectif pour décrire l'horreur du destin que les Taliban réservaient à leurs mères, soeurs, filles, épouses, mères de leurs enfants. Épouvantée, horrifiée, l'opinion publique du monde entier a découvert à la radio, à la télé, qu'il existait des pays où des régimes barbares, cruels, totalitaires, pouvaient, par décret, interdire aux femmes les écoles, sauf l'école coranique jusqu'à l'âge de 9 ans, leur interdire de travailler, de sortir sans le tchadri et sans être accompagnées d'un membre mâle de leur famille, fut-il un enfant. Que dénoncées pour adultère, elles risquaient d'être lapidées à mort publiquement. Et pour faire bonne mesure, toute personne prise en flagrant délit de vol, pouvait avoir la main droite coupée, que la prière était obligatoire, que les rassemblements de plus de 5 personnes étaient interdits, qu'il était interdit de fumer dans la rue, au bureau, que la musique, la télé, la vidéo et les fêtes de mariage étaient interdites, etc. Les Tribunaux Charia étaient prédominants dans toutes les structures administratives de l'État islamique et les milices islamiques patrouillaient dans les rues.

Et nous avons entendu parler de cet autre décret des Taliban interdisant aux femmes l'accès la santé : les femmes ne pouvant consulter que des femmes médecins, celles-ci ne pouvant travailler, cela revenait à les priver de soins. Certaines femmes couvertes de diplômes, sans hommes dans leur famille, en étaient réduites à mendier dans la rue ou préféraient encore se suicider et en finir plus vite. Ce fut le sort de nombreuses veuves dans un pays en guerre où beaucoup d'hommes étaient morts dans des affrontements.

Qui n'a pas frémi aux récits terrifiants de ces femmes lapidées, fouettées publiquement pour un bras découvert, à qui l'on arrachait les ongles trop colorés ou encore aux récits de ces petites filles aux doigts coupés pour les mêmes raisons.

Dans certains villages où les femmes, nous disait-on, vivaient comme des animaux sans droits, sans moyens d'existence, sans vêtements, sans nourriture, sans médicaments, malheur à celles qui tombaient malades. Elles devaient rester chez elles jusqu'à ce que la mort survienne.

Depuis la chute de Kaboul, survenue avec une surprenante rapidité, ces récits appartiennent au passé. On veut bien le croire. Les hommes politiques, les experts que j'interroge à chaque occasion sur ces horribles faits écartent la question rapidement. Les Taliban étaient givrés. "C'était Pol Pot", me dit l'un d'eux, avant de passer vite à autre chose. Comme si ça réglait la question. Oui mais ce qui fut peut fort bien ressurgir ! Là ou ailleurs peut-être où le fondamentalisme rôde et attend son heure.

Les Taliban sont vaincus, grâce aux frappes américaines et aux combats des anti-Taliban. Désormais les femmes peuvent sortir sans le tchadri, les petites filles revenir à l'école. Les enseignantes sont de retour. Les femmes peuvent reprendre le travail. Et elles sont nombreuses, instruites, éduquées, compétentes. Elles pourront soigner et se faire soigner, conduire une voiture. Et c'est un immense soulagement.

Mais on a bien vu ces images la télé l'autre soir. Ces visages de femmes éclatants, découverts, souriants, plein de vie. Elles étaient 200. Elles voulaient marcher vers le siège de l'ONU pour chercher confirmation de leurs droits, et que s'est-il passé ? On les a dispersées. On leur a refusé le droit de manifester. Elles n'étaient pas sorties depuis 5 ans. Elles étaient 200. Elles avaient entendu dire que les Taliban étaient partis. Les hommes se faisaient raser dans la rue, se précipitaient dans les cinémas ? Elles ont cru qu'elles avaient peut-être le droit, elles aussi, de circuler librement ! Il faut croire qu'une fois de plus - tout comme les Algériennes dès la fin de la guerre, tout comme les Françaises en 1789 - elles n'avaient pas bien compris que les droits de l'homme sont une chose, et les devoirs des femmes une autre. On leur a fait comprendre.

Comment, dès lors, ne pas interpréter l'apparition de ces deux femmes présentatrices à la télé sinon comme une mise en scène juste bonne à rassurer l'opinion occidentale.

Mais en quoi sont-elles dangereuses ? Qui a vu, une fois, les femmes mettre en danger l'ordre public ? Ont-elles jamais renversé un régime, les armes à la main, sinon dans "je ne sais" quel fantasme de cervelles détraquées ? Les voit-on régulièrement se mettre à plusieurs pour agresser un homme, le torturer sexuellement pour s'amuser ? La violence n'est pas de leur côté. Qui voudra bien un jour reconnaître cette évidence ?

Il y a quelques jours, lors d'un débat à la radio sur la question afghane, une journaliste de ELLE s'est invitée pour poser la question des femmes. L'un des experts qui expliquait gravement ce qu'il fallait penser du problème afghan lui a répondu que la question des femmes n'était pas à l'ordre du jour, ce n'était ni le lieu ni le moment. Mais où et quand est-ce le lieu et le moment ? Ne savent-ils pas, ces éminents spécialistes, que le degré de démocratie d'un pays se mesure au sort réservé aux femmes ?

Soria Parlika, chef de file des manifestantes empêchées de poursuivre leur marche, souhaite voir les femmes entrer dans le futur Conseil de l'unité afghane. Elles ont des choses à dire. Soria Parlika insiste : "Je vous en supplie, puisque nous ne pouvons pas aller voir les gens des Nations Unies, dites-leur de venir ici" . Elle ne sait pas, sans doute on ne lui a pas assez dit, que les grandes questions de guerre et de paix, tout comme la politique, cette autre façon de faire la guerre, sont des affaires d'hommes. Rien qu'à voir la façon dont ces affaires sont traitées, on se demande ce que l'on risquerait à donner la parole aux femmes. Moins de violence peut-être. Plus de diplomatie. Plus de patience aussi. Qui sait ? On n'a pas encore essayé.

Une femme cependant pourra peut-être être présente en Allemagne. C'est une italienne, Margharita Boniver, qui accompagne l'ex-roi d'Afghanistan Mohammed Zaher. Je doute qu'on lui donne la parole.

À certains moments de l'histoire d'un peuple, quand on a suffisamment détruit et que vient le moment de reconstruire, il existe une chance de voir le cours des choses s'accélérer. Ce moment existe pour les Afghanes aujourd'hui, cet instant, ne le laissons pas échapper. Si l'ONU obtient que les droits de l'homme soient inscrits dans la Constitution, que ne soient pas oubliés les droits des femmes. Autour de la table des négociations, il y aura des partisans de la Charia, du Code de la famille, de la polygamie, de la répudiation, etc. Ne laissons pas l'intégrisme, fut-il modéré, revenir sournoisement et imposer ses lois. En aidant ces femmes, c'est nous-mêmes et la démocratie que nous aidons.

 Concert contre l'intégrisme : "Chants dévoilés"

Mardi 27 novembre à 20 heures, mairie du 20ème arrondissement, 6 place Gambetta, 75020 Paris (M° Gambetta). Entrée libre, mais réservation nécessaire au 01 43 15 20 92. Ce concert regroupe des femmes iraniennes, afghanes, tibétaines, berbères et tchétchènes avec leurs associations respectives.

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