Lundi
13 Décembre 2010
Tout d'abord
je tiens à remercier Monsieur le Premier Ministre François
Fillon, Président de l'Observatoire de la Parité et Madame
Chantal Brunet, Députée, rapporteure générale,
pour cette invitation qui me permet de m'exprimer aujourd'hui devant
vous à l'occasion des 15 ans de l'Observatoire de la Parité.
Avant toutes
choses, sachez que j'ai voulu vérifier les attributions exactes
de cet Observatoire, - que je connais fort peu finalement - et j'ai
eu confirmation qu'il a été crée pour, je cite
" assurer une fonction d'expertise et d'évaluation des politiques
publiques visant à favoriser l'égalité entre les
femmes et les hommes dans les domaines politiques, économiques
et social. "
L'observatoire
est composé de personnalités choisies en raison de leur
compétences et de leurs expériences en matière
d'égalité entre F/H : parlementaires, experts, présidentes
d'associations, juristes, historiens, sociologues : 37 membres dont
un certain nombre d'hommes, fort heureusement. Chacun sait qu'une quelconque
assemblée composée essentiellement de l'un ou l'autre
sexe serait contraire à notre Constitution qui a inscrit l'égalité
entre F/H. dans son texte.
Ces personnalités
ne chôment pas et ont eu à plusieurs reprises - malheureusement
- la lourde tâche d'alerter les autorités de ce pays sur
les mauvais résultats de la France en matière d'égalité
professionnelles et de parité politique.
Ainsi nul
n'ignore aujourd'hui qu'en dépit des lois existantes, les chiffres
sont alarmants. Non seulement nous n'avançons pas, mais nous
régressons, ce qui donne une forte pertinence au titre que vous
avez choisi pour cette journée " Egalité Professionnelle
: une priorité pour 2011 ".Sauf que je doute fort que vous
puissiez en une année éradiquer des inégalités
qui remontent à la nuit des temps, imprègnent nos mentalités,
ont contribué à forger des stéréotypes plus
difficiles a désintégrer qu'un atome comme le disait Einstein
.
Dès
lors, le premier constat qui s'impose, au bout de 15 d'existence de
cet observatoire, c'est que nos lois ne suffisent pas, parce que l'égalité
ne se décrète pas.
Certes
les lois sont nécessaires parce que la loi est là pour
défendre le plus faible contre les abus du plus fort, mais elles
ne sont pas suffisantes.
La recherche
de l'égalité est un combat. Un combat politique permanent,
qui exige une vigilance de tous les instants, des actes, une volonté
politique forte.
Sans quoi
l'ordre naturel des choses, l'ordre naturel du plus fort sur le plus
faible, revient au galop par toutes sortes de chemins.
Et c'est
ce qui se passe en France aujourd'hui. Nous pouvons lancer études,
rapports, nous pouvons organiser des colloques, produire des recommandations,
ce que cet Observatoire fait fort bien ainsi que les délégations
parlementaires d'ailleurs, mais _pardonnez -moi de poser cette question
_:
Où sont les résultats ?
Qui se charge de mettre en uvre, ces recommandations?
Qui a le pouvoir de les appliquer ?
A chaque
nouveau gouvernement, je cherche, en vain, la présence en bonne
place, d'un Ministère semblable à celui que j'ai eu le
privilège, l'honneur d'animer de 1981 à 86, qui me permettait
de siéger chaque semaine au conseil des Ministère, d'intervenir
souvent directement auprès du Président de la République,
François Mitterrand, auprès des Premiers Ministres : Pierre
Mauroy d'abord ensuite Laurent Fabius. Je pouvais décider, agir,
me faire l'écho au plus haut niveau politique, des voix de ces
femmes, qui représentent la moitié de l'humanité
- ou la moitié du ciel - qui assurent le renouvellement de la
population de belle façon, puisque les Françaises ont
le meilleur taux de fécondité en Europe. Ces françaises
qui en même temps contribuent largement à l'Economie de
ce pays, au point que la France ne peut plus se passer de leur main
d'uvre :
Et qu'ont-elles en remerciement ?
Des salaires
qui stagnent : un récent rapport de OFCE confirme que "
Bien que les filles aient rattrapé puis dépassé
le niveau d'éducation des garçons - depuis 1971, 40 ans
déjà - aujourd'hui la rémunération des femmes
est inférieure de près de 27% de celle des hommes.
Nous avons appris lors de la tenue du dernier Forum Economique Mondial,
qu'en matière d'égalité professionnelle, la France
occupe aujourd'hui la 127ème place sur 134, ce qui n' a vraiment
rien de glorieux.
Et si certaines
femmes privilégiées de la culture et de l'argent arrivent
à " concilier " maternité et profession (au
prix de quels efforts ?). A coté de ces femmes privilegiées,
combien de milliers de femmes se trouvent prises au piège diabolique
du temps partiel (80% des T.T.P. sont des femmes) ce qui explique globalement,
(si on ajoute les arrêts de travail quasi obligés au moment
des naissances) l'écart considérable de 600 euros des
retraites, qui séparent femmes et hommes.
Il faudrait
aussi parler des violences qui explosent, de la prostitution, ce commerce
des êtres humains qui représentent pour certains proxénètes
un marché financier exorbitant, sur lequel les autorités
ferment les yeux.
Il faudrait
aussi parler des subventions du planning familial et autres associations
qui fondent comme neige au soleil à chaque budget.
Quant à
la parité politique, sachez que la France qui occupait le rang
peu glorieux de 18 au niveau mondial vient de passer au 46ème
sur 134 pays.
Et les
choses vont encore empirer avec la toute récente réforme
des collectivités territoriales puisque grâce ou à
cause de l'adoption du système uninominal à deux tours,
il faut s'attendre à voir se tarir ce vivier de candidates féminines
issues de la loi sur la parité dans les régions.
A ce propos
j'ai lu dans la presse récemment que les Présidentes des
délégations nationales aux droits de femmes de l'Assemblée
Natiobnale, du Sénat et du Conseil Economique et social considèrent
que cette Réforme des collectivités territoriales "
présente un risque important de régression en matière
de Parité entre les femmes et les hommes " et qu'elle aura
pour conséquence quasi mécanique " d'exclure les
femmes des responsabilités départementales et régionales
"
C'est pourquoi
il me semble que quelqu'un devrait alerter notre Premier Ministre qui
m'a invité aujourd'hui à cette journée. Il faut
que quelqu'un lui dise qu'il y a une sorte d'incohérence entre
cette réforme qui sanctionne les femmes et dont il va signer
le texte, et le fait de présider cet Observatoire.
Surtout
quand on sait que le degré de démocratie d'un pays se
mesure au statut réservé aux femmes.
En conclusion,
que faudrait-il faire ?
Tout d'abord
installer à nouveau un véritable Ministère des
droits des femmes à part entière siégeant chaque
semaine au conseil des Ministres soutenu par le Président de
la République et le Premier Ministère et confié
de préférence à une féministe. Ce Ministère
n'aura pas à produire de nouvelles lois. Les lois existent. Il
suffit de les appliquer vigoureusement.
Ce ministère
devra pour commencer appliquer en priorité la loi sur l'Egalité
professionnelle, qui n'est autre que la reprise d'une directive européenne.
Il pourra s'inspirer du modèle Finlandais, où d'excellents
résultats sont obtenus. Je l'ai constaté.
Ce Ministère
veillera à ce que soit sanctionné sérieusement
les violences sexuelles. Il existe des modèles excellents en
Scandinavie avec des résultats. En Suède les clients des
prostituées sont sanctionnés et depuis, la prostitution
a diminué de moitié (évidemment la dessus il faudra
le soutien du Ministre de l'Intérieur qui devra sanctionner les
proxénètes et non pas les prostituées).
Ce Ministère
des droits des femmes devra obtenir de l'Education Nationale que dès
la petite enfance les petites filles soient entraînées
à se défendre contre les violences masculines. (y compris
par des cours de self -défense).
Ce ministère
devra faire en sorte qu'au moment de l'orientation professionnelle à
l'école, les jeunes filles ne soient pas détournées
des métiers dits " masculins ". Les métiers
n'ont pas de sexe.
Ce ministère
devra aussi veiller à ce que les livres de classe soient expurgés
des stéréotypes sexistes.
Ce ministère
devra enfin veiller à ce que les partis politiques soient privés
de la totalité de leurs subventions, dans tous les cas de non
respect de la parité. Je dis bien de la totalité.
Inutile
pour moi d'entrer dans les détails. Nous sommes ici plusieurs
à savoir exactement ce qu'il faut faire pour stopper ce recul,
et remettre en marche les droits des femmes.
Mais rien
ne changera sans une volonté politique forte.
C'est pourquoi
ces recommandations s'adressent en tout premier lieu à celui
à qui je dois mon invitation : Monsieur le Premier Ministre,
François Fillon.
Je vous
remercie
Yvette
Roudy.
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le discours