Communiqué
de Presse, Yvette Roudy
Quelle
déception ! Mais faut-il s'en étonner ? Obama est avant
tout un bon américain pour qui la religion est partout. "
In God we trust " disent les billets de banque. Ne l'oublions
pas. Et toutes les religions sont misogynes. Ne l'oublions pas non plus.
N'ont-elles pas été crées par des hommes ?
Tout de
même quelle tristesse. Obama avait apporté son soutien
au Planning, il semblait plus ouvert que les autres, parlait des droits
des femmes, il incarnait le rêve. Mais il est temps de se réveiller,
c'est un chef d'Etat Américain.
Et il convient
d'être réaliste, nest-ce pas ? Il veut renouer avec
le monde arabe ? Alors cela vaut bien un morceau de tissu, pense-t-il.
Et peu importe que ce voile soit un cheval de Troie intégriste
infiltré dans nos démocraties ou même le signe extérieur
affiché de l'infériorité de la femme, laquelle
se doit de cacher cet élément de séduction insupportable
qu'est sa chevelure qui rendrait, paraît- il, les hommes fous
et les autoriserait à les traiter en marchandise disponible.
Sont-ils donc si fragiles ? Si cruels ?
"
Soyez fière de ce signe religieux " nous dit M. Obama. Comment
? Vous dites que c'est un signe affiché de soumission ? Mais
s'il s'agit d'une soumission librement consentie, est-ce que cela ne
change pas tout ? " Librement " - tout est dans le mot - tout
comme la femme qui retire " librement " sa plainte du commissariat
après avoir dénoncé le mari violent mais qui jure
qu'il ne recommencera pas. Tout comme l'esclave qui suivra " librement
" son maître, une fois libéré, parce qu'il
ne sait rien de la liberté, tout comme l'oiseau qui restera dans
sa cage alors que la porte est ouverte. Parce qu'il ne saura pas voler.
Et après
tout, Monsieur Obama, s'il plaît aux femmes d'être battues,
lapidées, excisées, humiliées, comme le disait
notre bon Molière et aussi notre grand Shakespeare et sa Mégère
apprivoisée, il y a quelques siècles chez nous.
Avec Obama
nous pensions avoir franchi un grand pas en avant. Mais Trois pas en
avant et Deux grands en arrière, nest-ce pas la marche
des féministes ?
Une longue
marche pour le cas où nous l'aurions oublié.
Yvette
Roudy, ancienne ministre des droits de la femme.
Présidente
de l'Assemblée des Femmes